ME AND MICHAEL

La transition est quasi-imperceptible à l’œil nu.

Au bureau, les canapés convertibles ont succédé aux longues robes de mousseline, le laiton patiné aux perles et aux brandebourgs. Tout a été si soudain. Pas le temps de dire ouf. C’est en seulement quelques semaines, débobinées à toute berzingue, que cette curieuse translation s’est opérée. Capitale pour capitale.

L’aire de jeu urbaine a rétréci. Ses figurines s’y pressent un brin plus hargneusement, avec importance ; courant je ne sais où, se piétinant pour quelque trésor que je suis, pour l’heure, incapable d’apercevoir. La majorité des femmes ont la voix rauque et traînante, comme choisie sur catalogue, option nicotinée. Les hommes, aux seules exceptions de leur engouement pour les sneakers et leurs poils bruns, me ressemblent un peu. Ça ne crée pas d’empathie particulière et c’est plutôt effrayant. Tous sont assez beaux mais, dans une fourchette de 1,5 à 18 % give or take – je m’adapte aux chiffrages et estimations entendus ça et là, à tout propos, dans le Métropolitain – moins avenants que dans mon ancien chez moi. Sorte d’haussmannisme émotionnel.

Dans l’ensemble néanmoins, le dépaysement n’est pas flagrant, flagrant. On mange et on se comprend mieux, c’est certain. Et si je suis si bizarre, ne l’étais-je pas déjà un peu avant ces 12 années étrangères ? On me tend à nouveau, et sans cesse, ce miroir de l’accent. On improvise avec moi de force des duos de ténors méridionaux. Un réflexe que je sais incontrôlable et dans lequel je préfère voir une affection un peu vache, qui rit ; à l’idée qu’une bonne vexation ne fait jamais trop de mal. L’expression qui sied je crois, le mieux à l’ambiance générale : c’est de bonne guerre. Exactement ça, ma première impression.

Mais si déroutant que puisse en résonner l’écho, au fond, tout est terriblement beau et luisant d’évidence dans cet énième exil. Je vous passe la tirade sur l’espoir, le recommencement, etc – car les vrais accomplissements sont toujours hors-sol – mais je voulais tempérer les longues violonnades pleurnichardes.

Pour la première fois depuis longtemps, j’ai besoin de musique, beaucoup. Au boulot, dans les rues, le soir avant de dormir. Et Michael (Nyman) est le metteur en son de ce début d’aventure. Le sentiment que font monter ses petites pièces, éparpillées comme des croûtons dans Youtube, c’est la reconnaissance. Je ne sais pas bien dire, mais oui, je suis reconnaissant de ce qu’elles me procurent. De cette dignité subite dont elles griment les panoramas hautains et de ce baume minimaliste qui remplace la moelle dans mes os. Nettoyages ascètes, en boucle. Au moins jusqu’à ce que je pose vraiment mes valises, à roulettes et métaphysiques. Je m’abandonne à ces bribes fluettes dans les hauts et beaux quartiers. C’est d’ailleurs un peu le même abandon que je promets aux clients. Celui qu’on éprouve dans les fauteuils ultra-désirables de l’automne.

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