THE MONTGOLFIER BROTHERS “EVEN IF MY MIND CAN’T TELL YOU”

J’ai passé un moment à piétiner derrière l’homme le plus lent du monde dans le métro ce soir. Il portait une veste polaire Ferrari. Des choses qui ne s’inventent pas. Mais j’avais tout mon temps. Cette chanson, qui est l’une des plus belles au monde, dans les oreilles. Il me serait largement plus aisé de parler de tout ce qu’il y avait autour pendant mon trajet. Les reniflements. Plutôt que ce qui se déploie à l’intérieur, en l’espace de six longues minutes.

Je les ai vus, Roger et Mark, au Primavera Sounds de 2003. À l’époque, le festival encore modeste se tenait dans ce village pittoresque d’expo universelle, de pacotille, sur les hauteurs de Barcelone. Je leur avais même parlé, enfin, mon anglais, et mon français, en ce temps-là… Ils m’avaient invité à leur table quelques instants. Et Roger avait l’air tout froissé, tout épuisé, comme souvent on peut l’être à se donner tout entier, ne serait-ce que du bouts de lèvres fendues et gondolées comme du crépon badigeonné de colle. Mark m’avait envoyé un e-mail plus tard, pour me dire que c’était chouette mon compact disc. Sur ma boîte Voila, qui a mis la clef sous la porte depuis, comme toutes les bonnes choses.

C’était un concert merveilleux où je m’étais rendu seul et je ne l’oublierai jamais. J’ai eu beaucoup de chance.

Cette chanson, sur les marches très hautes d’un panthéon personnel qui s’érige et se démonte année après année, c’est encore chez mon ami P. que je l’ai découverte. Décidément. Et c’est pour cela, sans doute, qu’elle compte de cette façon. Elle fait naître cette émotion rare et hors sol, car elle n’existe pas vraiment en moi, comme un sentiment stocké sur disque dur externe, en quelque sorte, ou dans une seringue qu’on garderait dans un étui quelque part. Pour un quick fix. De mélancolie à l’état pur qui se dissipe peu à peu et qu’on peut revenir chercher à tout moment. Lardée de regrets infinis, de réflexions douloureuses, de traînées de boue. Elles aussi pures, trop parfaites pour être vraies.

Et combien de choses ici-bas le sont ? De quoi pleurer à chaudes larmes, il me semble. D’autant que, pour des raisons mystérieuses, sorte de dignité old school un peu fâcheuse, de telles moussons se font rares. Ne reste alors que la moue, lippue chez moi, de vieux cabillaud, et gigantesque. Chaque fois que je la joue dans l’appartement, le week-end ou le soir et que beaucoup de vaisselle reste à faire, D. me dit, « tu vas pleurer ». Et elle a raison. Ma dose de larmes presque à chaque fois. Et hier dans le métro, sur la Central Line qui file droit dans le ventre de Londres, il m’en aura fallu de la détermination, pour ne pas faire une scène.

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