PASCAL COMELADE “FRAGMENTS”

Parfois je reste après l’heure, tel un cadre supérieur, dans le bureau qui se vide mollement. Et quitte à faire ça, je devrais travailler d’arrache-pied. Plus focused, l’abdomen creusé comme une rigole. Mais c’est quand tout se calme enfin qu’on perçoit subrepticement le raclement que l’absurdité produit du fond de sa gorge. Alors…

Alors j’écoute cet impromptu, badigeon de sens sur tous ces instants qu’on vit comme on dort debout. Les longs kilomètres sur l’autoroute près de Perpignan ­– ceux-là dangereux, mais pas si mal, on est libre –, aussi bien que les trajets vers la station de métro le matin et le soir, slalom géant du détritus ; papiers souillés, boîtes de pizzas fadasses, sodas et autres sucs de béances coagulées. Et la salière céleste qui saupoudre le tout de pluie cendreuse ; tous ces préparatifs aux pontages et aux bridges dentaires. Et le carton se transforme en boue fibreuse, les culs de clopes surnagent dans les lagons gras de conserves de baked beans, elles-mêmes recyclées en steel drums fatalistes. Et trois cents autres épisodes creux, qui bout à bout forment la diagonale du vide, le pochoir sur ta vie.

Je pense à cette chèvre noire de Pascalou. Ou plutôt à ce fourré pileux ; roseaux des narines, ajoncs des yeux, troncs calcinés des vallées de joues, coulées de soies, sourcilleux à l’extrême, appentis d’orage. Ne filtre à travers que l’essentiel, raffiné qui carbure, le détail monochrome. Ce dernier qui claudique, oui, et ses paluches mâchées par trop de marches de crabe, pleines d’ampoules à la lueur desquelles on éclaire tout à fait correctement une soirée gaspillée.

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